Est-ce normal qu’il ait toujours raison? Est-ce possible?
Tiens, elle ne s’était jamais posée la question…
Attrapant le sac des deux mains, elle laisse son regard se poser sur le lit, témoin silencieux de souffrances mentales et parfois plus.
Trouvera-elle le courage?
Elle se sent si fatiguée, il faut une certaine force pour agir, et l’inconnu paraît si angoissant.
Ici ce n’est pas si mal, elle ne travaille pas, se charge seulement de la maison…
Travailler ? Avoir une vie sociale? Avec des amis à elle. Ce serait bien, non ?
Pourquoi elle ne travaille pas déjà ? Ah oui, un couple c’est mieux quand on fait tout ensemble. De l’argent, il en ramène assez pour deux. Elle n'a qu'à s'occuper de lui.
Seulement ces idées ne sont pas les siennes…
Elle se met à trembler, jusque là, elle n’avait jamais sérieusement envisagé de le quitter :
Sans famille, sans argent. Comment faire? En sera-elle capable ?.
La dame de l’association lui a dit qu’elle serait entourée, qu’elle verrait une assistante sociale qui l’aidera à se loger, qu’elle pourrait parler à quelqu’un de ce qu’elle a vécu. Les coups et
les humiliations, le chantage et les cris, la douleur, les mensonges.
Encore faut-il pouvoir s’exprimer.
Il dit qu’elle ne sait même pas s’exprimer convenablement, c’est vrai qu’elle n’est bonne à rien. C’est vrai ? Non, c’est ce qu’il dit alors qu’elle a toujours fait de son mieux.
Sans y penser, elle rempli son sac, sans y penser, elle rassemble ses papiers, sa brosse à cheveux, le cadre de ses parents.
Elle pense à sa sœur, sa seule parente, elle ne l’a pas revu depuis ce jour où elle a pris la défense de
Denis.
-Comment peux-tu encore le défendre ? Crois-tu que je ne vois pas ce qui se passe? Je ne peux plus supporter de te voir le laisser te détruire. Je regrette, je t’accueillerai à bras ouverts
si tu le quittes. En attendant…
Quatre ans déjà. Comme le temps passe vite malgré cette impression de vivre la même journée depuis quinze ans. Quinze années déjà…
Fermant le sac, elle le regarde comme une immonde bête. Qu’est-ce que je suis en train de faire ?
Elle repense à sa tentative d’en finir avec la vie.
Vais-je y arriver ?
Un pas hésitant puis un autre et encore un…
Arrivée devant l’escalier, elle hésite. Tiens un souvenir, sa tentative échouée d’en finir avec cette vie définitivement…
Elle descend une marche puis deux…
Parvenue dans le hall face à la porte d’entrée, elle hésite encore, contemple ce dernier rempart contre le monde extérieur, l’inconnu, une nouvelle chance?…
Une profonde inspiration, sa main sur la poignée se raffermit, elle ouvre et sort sur le pallier.
Le soleil vient caresser doucement sa peau comme pour l’encourager.
Je vais y arriver, je le sais.
A toi qui lis ces mots à l’abri de ton écran, le temps est venu de te libèrer.
La vie n’est pas faite d’angoisses récurrentes, de craintes et de peurs de mal faire.
La vie est douceurs et joies, épanouissement et liberté.
Lève toi !! Ta vie t’attend !!


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